Ce colloque s’est tenu le 15 novembre 2025 à l’Auditorium de l’Hôtel de Ville de Paris.
Un peu plus d’une centaine de personnes a pu y assister, physiquement ou en visioconférence.
Alors que le thème de la délinquance des mineurs s’invite régulièrement dans l’actualité, amenant des réactions souvent éruptives et des réponses de plus en plus répressives, la Farapej a souhaité lui donner une dimension européenne en réunissant, pour des regards croisés, différents intervenants spécialisés.
La journée a été introduite et clôturée par Alexandre Duval-Stalla, avocat et administrateur de la FARAPEJ.
Plusieurs problématiques ont été abordées : la délinquance des jeunes a-t-elle changé de visage en 2025 ? comment s’articulent l’exigence de sécurité publique et le devoir de protection de l’enfance ? les modes de réponse ont-ils évolué ? l’enfermement a-t-il un sens pour les mineurs ? qu’en est-il de l’éducation dans un cadre pénal ?
Thomas Sauvadet, sociologue, a présenté son enquête sur les 10 % de jeunes impliqués dans des trafics ou réseaux dans les Quartiers Politique de la Ville et Laurence Bellon dressé un panorama des évolutions de la justice des mineurs et de la confrontation permanente qu’elle a vécu en 40 ans de pratique de juge des enfants entre les textes et la réalité, jusqu’à ces dernières années à Marseille où elle a été témoin du phénomène d’utilisation des mineurs s’apparentant à un trafic d’êtres humains.
Sur la situation de la justice des mineurs dans des pays voisins, les intervenants – Nicole Clarembaux et Laeticia Defays pour la Belgique francophone, Sofia Antonelli, membre de l’association italienne, Sylvie Le Blavec, chargée de mission à l’École nationale de la Protection Judiciaire de la Jeunesse – ont décrit un peu partout, y compris dans les pays du Nord tels la Finlande ou l’Estonie réputés moins punitifs, différentes formes de retrait d’une justice des mineurs s’appuyant sur une approche éducative, protectrice et axée sur l’intérêt supérieur de l’enfant. Pedro Diaz, ancien directeur d’établissement pour mineurs en Catalogne, ou Giacinto Colombo ancien directeur pénitentiaire du Tessin suisse, ont illustré ce mouvement.
Frédéric Phaure, directeur interrégional de la PJJ des Hauts-de-France, après avoir rappelé la diminution du nombre de mineurs en conflit avec la loi mais l’aggravation des faits qui leurs sont reprochés, a récusé l’opposition sanction /éducation tout en s’inquiétant des difficultés tenant à la crise de l’hébergement, elle-même tenant à la crise de recrutement et de fidélisation dans le secteur social. Inquiétude confirmée par Guillaume Olive directeur de CER et CEF de la Fondation ACOLEA : celui-ci a observé que, si les établissements d’hébergement bénéficiaient en principe de moyens permettant une action éducative de qualité, la crise du recrutement en travail social, impactait lourdement les structures.
Enfin Véronique Blanchard, historienne, a mis en perspective la construction de la spécificité de la justice des mineurs, observant que la notion d’excuse de minorité ne remontait en France qu’à 1790 et rappelant que spécificité n’avait pas toujours été synonyme d’éducation et de bienveillance comme en avaient témoigné dans le passé les colonies pénitentiaires et les maisons d’éducation surveillée.
Pour conclure, Alexandre Duval-Stalla a invité l’opinion et les décideurs politiques à continuer de considérer les enfants comme une promesse et non comme une menace.
Nous vous mettons à disposition les enregistrements vidéo de la matinée, et les écrits de chaque intervenant.

